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Libératon: Washington et Moscou doivent donner l’exemple

«Washington et Moscou doivent donner l’exemple»
Interview

Désarmement . L’ex-secrétaire d’Etat britannique Malcolm Rifkind milite pour l’élimination de l’arme nucléaire :

 

Par PHILIPPE GRANGEREAU

 

Ex-ministre de la Défense (1992-1995) puis secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1995-1997) du Royaume-Uni, Malcolm Rifkind est l’un des initiateurs de la commission Global Zero, composée de 150 personnalités internationale, qui préconisent l’élimination de l’arme nucléaire. Le processus doit, selon eux, ramener le nombre des ogives russes et américaines à 1 000 en 2013, puis 500 à l’horizon 2018.

D’où vient l’idée de cette Commission Global Zero ?

Tout a vraiment commencé avec l’appel signé en janvier 2008 par quatre anciens officiels américains, les ex-secrétaires d’Etat Henry Kissinger et George Shultz, l’ex-secrétaire à la Défense William Perry et l’ex-sénateur Sam Nunn, qui ont appelé à la réduction progressive du nombre des armes nucléaires dans le monde et leur abolition éventuelle. Des initiatives similaires ont suivi en Grande-Bretagne, en Allemagne et dans d’autres pays. Notre campagne vise à traduire cette aspiration en une feuille de route concrète. Cette initiative n’a d’avenir que si elle mobilise en premier lieu les Etats-Unis et la Russie, qui possèdent 95 % des ogives nucléaires. Heureusement, Washington et Moscou sont d’accord pour reprendre leurs négociations de réduction des armements nucléaires [lire ci-dessous, ndlr], et les deux pays ont déclaré qu’ils considèrent ces pourparlers comme la première étape d’un processus global de réduction, et éventuellement d’élimination des armes nucléaires.

L’objectif ultime de Global Zero n’est-il pas identique à celui du traité de non-prolifération de 1968 ?

Oui, mais aujourd’hui l’adhésion est plus sincère. Avant, la plupart des pays n’adhéraient que pour la forme à cet idéal d’élimination des armes nucléaires. Par ailleurs, ceux qui plaident aujourd’hui pour le progrès sont des convertis, qui autrefois étaient pronucléaire. Parmi eux, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ces Etats sont prêts à s’engager si l’effort est authentique et englobe, sans exception, tous les pays possédant des armes nucléaires.
Cela signifie-t-il l’abandon du principe même de dissuasion ?

Au bout du compte oui, mais il faut que tous les Etats nucléaires soient certains que tous les autres sont bel et bien engagés dans la même voie. Mais cela prendra au minimum vingt ans, et suppose des procédures de vérification élaborées et transparentes.


Envisagez-vous la création d’une nouvelle structure supranationale de contrôle ?

Tout ça doit être négocié. Une fois achevés les pourparlers américano-russe, ramenant le nombre des têtes nucléaires en leur possession à 500 chacun, il sera possible de lancer un traité ouvert à tous les pays nucléaires et à ceux qui ont la capacité de le devenir, tel le Japon. Ce traité ne pourra toutefois entrer en application que lorsque tous les Etats nucléaires l’auront signé. Pour convaincre des pays comme le Pakistan, la Chine ou Israël à renoncer à l’arme atomique, il est essentiel que les Etats-Unis et la Russie donnent l’exemple. Avec un système de vérification réellement transparent, un climat politique de confiance suivra et le progrès sera possible dans des pays comme la Grande-Bretagne, la France, la Chine…
Sait-on quels pays possèdent des ogives, et en quelles proportions ?

Depuis la fin de la guerre froide, 40 000 ogives nucléaires ont été démantelées, principalement en Russie et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, il en reste 23 000 dans le monde, toujours détenues en majorité par les Etats-Unis et la Russie, qui en a un peu plus. Israël en possède 70 ou 80, tout comme l’Inde et le Pakistan ; la Grande-Bretagne 160, la France 240 et la Chine entre 100 et 200.


Seuls Michel Rocard et Jacques Attali ont signé Global Zero : la France traîne-t-elle des pieds ?

C’est le cas mais j’espère que ça va changer graduellement. Historiquement, il y a un soutien presque unanime en France, bien davantage en tout cas qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, au principe de la dissuasion nucléaire. Pourtant, il n’y a pas eu d’initiative d’envergure venant de la part d’hommes politiques français respectés, comme ça a été le cas aux Etats-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne.


La Chine est par contre très en pointe ?

Oui et ils ont fait savoir que leur position n’était pas rhétorique, qu’ils souhaitent vraiment s’engager sur la voie du désarmement nucléaire global.


Il faudra aussi convaincre des pays comme la Corée du Nord de signer un tel traité…

Oui, mais pas nécessairement dans l’immédiat. Nous tentons d’être réaliste et pas naïf. S’il y a la volonté de par le monde de signer un tel traité, la pression politique qui s’exercera alors sur ce pays sera bien plus grande qu’elle ne l’est actuellement.